On a déjà eu l'occasion de l'évoquer, si iTunes est un assez mauvais lecteur
de musique, c'est un magnifique magasin en ligne, permettant un lèche-vitrine
virtuel assez impressionnant. C'en devient du coup presque un plaisir de
regarder les albums disponibles, lire les biographies d'artistes ou écouter les
extraits et on serait presque tenté d'aller payer deux fois le prix du même
album d'occasion pour des fichiers en compression dégradée, sans la jaquette,
et avec le plaisir toujours renouvelé de donner 2/3 de ses sous à Apple.
Bref, avec la volonté déjà affirmée d'Ubuntu de rattraper et de dépasser
OS X d'Apple et la nouvelle charte graphique inspirée de la marque à la
pomme dévoilée récemment, la nouvelle de l'apparition d'un Ubuntu One Music
Store (pour la concision du nom, on repassera) n'a pas vraiment surpris plus
que ça.
Votre serviteur ayant installé la beta d'Ubuntu 10.04 "Lucid Lynx", j'ai eu
l'occasion du coup de voir l'UOMS (pas génial comme acronyme non plus, hmm) en
action dans le lecteur musical par défaut, le sympathique Rhythmbox.
Tout d'abord, ça va, ça s'intègre pas mal.C'est pas non plus génialissime,
on avait déja Jamendo et Magnatune en plus, mais ça ne choque pas. Un petit
élément en plus dans la liste des sources de musique possible.
La page d'accueil du magasin en question est propre mais pas spécialement
fascinante. On est pas vraiment dans un magasin virtuel, plus sur une page web
proprement intégrée à un lecteur audio. Bon, au moins ça a l'avantage de ne pas
vous baver partout dessus en criant « donne-moi aaargeeeeent ! »
comme un Spotify. La page en question affiche le top des albums les plus vendus
en Europe (EU Top Store Picks, phrase laissant le doute quant à qui s'occupe de
les choisir ces picks), des recommandations, ainsi qu'une liste de genre à
découvrir et un champ de recherche pour trouver du Sardou rapidement (amis de
la droiture patriote, je vais vous décevoir, il n'y en a pas).

En cliquant sur un album au hasard, on accède à la liste des titres, la
possibilité de lire un extrait (démarrage immédiat, bien), la qualité des
fichiers proposés (euhh bof) et le prix des chansons à l'unité et pour l'album
entier. Et là, aïe.
Definitely Maybe d'Oasis voit chacune de ses 11 chansons coûter 99 centimes
à quiconque voudra les télécharger et est disponible, quelle réduction, à 9,79€
l'ensemble. Soit une réduction de 1,10€. Rappelons évidemment que les frais de
transport, les intermédiaires, le coût de fabrication de l'ensemble et des
matières premières est très important, et que ce prix est déjà très bon. Ah
pardon, c'est un album de 1994 qui a été septuple disque de platine dans son
pays d'origine (Royaume-Uni, +2,1 millions de copies nous dit Wikipedia).
Combien de copies dans les magasins d'occasion ? Combien d'éditions depuis
à moins de 10€ ?
Du coup, j'oserais peut-être formuler une hypothèse selon laquelle le prix
est complètement déconnecté de la réalité.
Mais vous me direz, « Quel exemple choisi ! Évidemment que cet
album est disponible de façon peu onéreuse, il s'en est vendu des palettes
entières. » C'est juste. Prenons d'autres exemples.
D'ailleurs ça tombe bien, j'avais envie de vous parler d'autres albums que
j'ai été surpris de trouver sur l'UOMS. E is for Everything on Fat Wreck de
Bracket et 'Till I Die de Potshot. Un album fourre-tout du plus petit vendeur
d'un label punk indépendant américain et le 3è album d'un groupe de ska punk
tokyoïte, je dis bravo. Seul problème, ces albums sont vendus respectivement
7,90€ et 7,99€ alors qu'on les trouve, neufs et en version physique, à 8$ pour le
premier et 8$ de même pour le second. Hors l'achat en-ligne, c'est
avec un intermédiaire supplémentaire.
Après, le fait qu'on trouve toute la discographie de Potshot mais pas un
disque de Tool est tellement bizarre que je ne vais pas m'appesantir dessus. On
s'en fout, tout le monde sait bien que le ska punk japonais est par essence
largement supérieur au métal industriel introspectif états-uniens, c'est un
fait.
Enfin, je n'ai même pas touché au point qui me paraît le plus dur à avaler,
la qualité proposée. Pour un album d'Oasis sorti il y a 16 ans, on nous propose
du mp3 à 192 kb/s. Pareil pour les deux autres albums cités.
Il y a certes des albums en 320 kb/s (Musique Vol. 1 de Daft Punk par
exemple), au même prix heureusement, mais pas de lossless à ce que j'ai pu en
voir. Et un seul codec disponible, du mp3. La critique est facile et Canonical
y a déjà répondu (c'est un choix de 7digital, le prestataire qui fourni
l'infrastructure derrière l'UOMS), mais pour un système libre offrir des
chansons dans un format propriétaire et breveté alors qu'il existe une
alternative libre et de meilleure qualité (ogg vorbis anyone ?) a de quoi
faire sourire.
Je veux bien admettre que tout le monde n'a pas une oreille en or, un
système audiophile ou considère ne pas faire la différence entre du FLAC et du
192 kb/s, mais il y a quelque chose de génialement et délicieusement rétrograde
à proposer des albums à un prix bien supérieur à celui auquel on peut les
trouver dans le commerce, sans certains éléments intégraux à l'œuvre (artwork)
et dans une qualité amputée.
Ahh mais au moins ma bonne dame, c'est légal !
Bon, c'est vrai, en fin de compte j'ai plus un problème avec la vente de
musique en ligne sans valeur ajoutée (avec de la valeur retirée ?) qu'avec
l'Ubuntu One Music Store en lui-même qui malgré les défauts que
j'ai pu lui trouver à le mérite d'offrir un catalogue assez grand public et
sans DRM, et qui devrait rendre l'OS-marron-devenu-violet-et-orange plus
agréable au Grand Public, ou en tout cas plus proche d'un OS intégré à la
OS X. De plus, rendons à Canonical ce qui est
à-Canonical-mais-sous-licence-permissive, la bestiole est encore considérée
comme beta, gageons donc que ça va s'améliorer.
Elle a juste tendance à faire perdurer un modèle économique de la musique en
ligne basé sur des prix qui refusent de prendre en compte la fin de la rareté
et l'avènement de la profusion.