C'est en tout cas ce que semble penser une partie de l'administration et du gouvernement.

À en croire cet amusant article de Numérama, de nombreux sites du gouvernements « interdisent » que l'on crée des liens vers leur site.

Amusant n'est peut-être pas le mot d'ailleurs, effarant est mieux choisi.

En effet, ces mises en garde vides de toute substance montrent surtout une incompréhension fondamentale du web : d'une part je propose mon contenu à tous et à toutes, sur un serveur répondant aux demandes sans discrimination [1], mais de l'autre j'estime naturel de décider de qui va faire référence à moi ailleurs.

C'est un peu comme avoir une discussion publique à la boulangerie mais refuser que quelqu'un face référence à cette discussion par la suite chez le primeur.

Cette incompréhension me rappelle des propos tenus récemment sur France Inter par Jean-François Lamour, député de Paris, au sujet des blogs. Réagissant vivement à ce qu'une partie de notre majorité parlementaire, les Pierre Richard de l'Internette, à décrié comme La Rumeur™, ce joyeux drille s'offusquait à l'idée qu'un blog puisse publier ce qu'il veut, en ces termes (que je cite de mémoire, l'émission n'étant plus téléchargeable) :
« Mais, il doit bien y avoir des modérateurs ! Un site comme LeMonde.fr ou Liberation.fr ne peut pas publier n'importe quoi, il y a quelqu'un à qui on peut s'adresser pour faire retirer les contenus problématiques. ». [2]

Le fond du problème est là, ces gens qui font les lois sont encore dans une optique de salle de rédaction dont sort l'info et que l'on peut, si ce n'est contrôler, au moins amadouer, menacer ou faire trembler. C'est dans tous les cas une entité à une seule tête, plusieurs entités en comptant différentes salle de rédaction, mais identifiable, identifiée et à qui l'on peut facilement demander des comptes.

Hors avec Internet, la réalité est autre. On est face à une hydre, un journal anarchique (pensez Proudhon, pas chaos) aux milliers de rédacteurs, chacun avec leur propre presse.

Faisant montre d'incompréhension quand Laurianne Deniau, la représentante des jeunes socialistes en face de lui tentait de lui expliquer que non, tous les blogs n'avaient pas de modérateurs, car une très grande partie d'entre eux sont auto-publiés ou publié sur des plateformes (qui peuvent en effet appartenir au Monde, à Libération, etc.) et n'ont donc aucunement les moyens, ni parfois même l'envie, de modérer eux-mêmes 24h sur 24 leur blog, je propose à mon copain JF d'imaginer qu'il veut, concrètement, modérer les propos de tous ses concitoyens.

Et il a raison.
Clairement, l'époque infâme de la Rumeur, des potins, des ouï-dire et des nouvelles croustillantes de bas étage pullulant et s'infiltrant dans les esprits de nos concitoyens doit toucher à sa fin.
Mettons des modérateurs dans toutes les boulangeries, que se taise enfin la voix persifflante du ragot populaire.

Comme disait l'autre, la liberté d'expression plaisait bien tant qu'elle était théorique, maintenant qu'elle devient concrète, elle fait peur.

Notes

[1] On va pas rentrer dans un débat sur l'usage de technologies propriétaires sur les sites publiques.

[2] Problématiques voulant évidemment dire « qui nous déplaisent ».