La question à la base du groupe est similaire à la question « Pourquoi ne croyez-vous pas en Zeus et Héra ? » qui permet d'adresser assez logiquement la question de la croyance en un dieu précis vis-à-vis de tous les autres dieux, en proposant une mise en perspective. Précisons d'ailleurs que je n'ai rien contre Zeus ni Héra qui sont forts sympathiques à ce que j'ai pu en entendre dire et à qui je transmets mes plus vives amitiés par ailleurs.

Longcat VS Tacgnol

Reste la réaction des gens à ce groupe. Si si, vous savez, ce groupe clairement défini et scientifiquement qualifiable que l'on nomme techniquement « les gens ».
Cela fait plusieurs années que je lutte avec moi-même, dans une guerre digne de Longcat contre Tacgnol, ne sachant que conclure entre « les-gens-sont-tous-cons™ » et une position opposée, ou en tout cas plus nuancée.

Dans ce cas précis, « les gens » semblent :
1/ incapables de comprendre le second degré et tout procédé d'ironie,
2/ irrémédiablement attirés par les simplifications, la facilité intellectuelle, le manichéisme, ce qu'on appelle en anglais la delusion[1] et plus globalement ce qu'on appelle le voilage de face.

Élément de preuve en est, le groupe Pourquoi ne pourrait-on pas manger les chiens ? comptait 18 membres la dernière fois que j'ai regardé.[2] Son antagoniste, Contre les hommes[3] qui veulent manger et torturer les CHIENS ! ♥ (sic), plein de bons sentiments, de photos d'animaux de compagnie, d'orthographe approximative et de gentilles personnes se voulant défendre une cause juste en comptait 4559.

Évidemment, mon cynisme a des limites.
Je ne doute pas que beaucoup de ces personnes soient motivées par de bonnes intentions. Le groupe sert de plateforme à l'adoption d'animaux abandonnés, adoption qui est bien souvent la meilleure solution, et a donc une utilité.

Non, ce qui m'irrite, c'est que la bonne volonté des gens s'arrête aux portes de leur logique.
« C'est mignon, alors ça mérite de vivre. Pourquoi penser réellement aux autres animaux ? Je vois très bien que ce genre de raisonnement va m'amener à une conclusion à laquelle je n'ai aucune envie de me conformer, ou pire, de me retrouver en contradiction. »
Une bonne dissonance cognitive quoi.

Alors que le premier groupe, vantant les mérites de la consommation des canidés dans un but de propreté urbaine, utilise assez clairement un procédé de raisonnement par l'absurde, dans le but d'encourager les gens à réagir et à en tirer leurs propres conclusion, la réaction est d'un à-côté déprimant : un appel à la fermeture du groupe, aucune remise en question face à la question posée par l'idée à la base du groupe, et une débauche de bons sentiments censée « nettoyer » les internettes de ces idées horribles. Empêchant de fait de se poser les vraies questions — celles qui conduisent à des changements dans les actes, et pas seulement dans les déclarations —, question qui est en filigrane dans le Pourquoi ne pourrait-on pas manger les chiens ? : Pourquoi pourrait-on manger les autres animaux ?

On se retrouve donc avec une position foireuse, à moitié raisonnée seulement, où la possibilité d'action concrète est avortée par la bien-pensance.[4]

Et c'est ainsi qu'un groupe similaire de bons sentiments animaliers (Contre toutes les violences contre tous les animaux) se retrouve avec des centaines de milliers de membres professant tous leur volonté d'empêcher la souffrance d'animaux innocents, tout en continuant à cautionner dans leur vaste majorité un système en contradiction brutale avec leurs convictions déclarées, système encourageant la consommations d'animaux sous différentes formes[5] sans qu'ils ne la remettent en question, incapables (ou plutôt refusant ?) de faire la connexion.

Ce sont ce genre de personne à la cohérence toute foireuse — et au raisonnement borné par des traditions ou des habitudes qui ne souffrent de remise en question — qui réduisent la crédibilité de mouvements sérieux, faisant passer toute personne défendant un droit des animaux à ne pas souffrir comme une amoureuse des animaux ou une ridicule dendrophile.

Comme dirait l'autre, ce n'est pas une question d'aimer les animaux, c'est une question de ne pas les détester assez pour leur infliger ces souffrances.

Avant de pouvoir réellement avancer sur ces questions dans nos sociétés, et en particulier en France, on a déjà un sacré boulot devant nous pour clarifier le raisonnement et le présenter comme une alternative intelligente et cohérente au status quo.

« The greatest dangers to liberty lurk in insidious encroachment by men of zeal, well-meaning but without understanding. » − Louis D. Brandeis

Notes

[1] Le fait de se mentir ?

[2] Il y a plusieurs mois, soyons honnêtes.

[3] Et c'est moi ou plus personne ne prend la peine de généraliser à l'humanité en mettant une majuscule à Homme ? Ou alors le groupe est peut-être bassement sexiste. Ou possède tout simplement des statistiques fiables sur le fait qu'une majorité telle des tortionnaires d'animaux sont des hommes qu'on peut considérer que seuls ceux-ci sont a prendre en compte ?

[4] Je ne pensais pas employer ce mot sérieusement un jour, mais là je crois que c'est vraiment le plus adapté.

[5] À manger, à porter, à utiliser comme cobayes, comme source de divertissement ou de compagnie.