En acceptant donc que Twitter est plus valorisé à l'heure actuelle qu’Identi.ca par son simple nombre d'utilisateur, on peut admettre l’idée qu'il n'est pas intrinsèquement meilleur, juste plus populaire.

Ce qui nous ramène à notre question, quel intérêt a Identi.ca face à Twitter ?

Différences entre Status.net et Twitter

Une réponse simpliste serait un « c'est mieux car c'est libre », et à vous d'en tirer les ramifications et conclusions qui s'imposent. (Vous pouvez l'installer où vous voulez, faire confiance au code, etc.)
Mais pour ça il faudrait encore expliquer une différence fondamentale entre Twitter et Identi.ca : Twitter fonctionne comme du minitel, Identi.ca comme de l'Internet.
Ha. Tous ceux et celles qui n'ont pas regardé la conférence Internet ou Minitel 2.0 de Benjamin Bayard sont bien avancé/es…

Plus simplement, Twitter est un service de microblog (ou statuts) centralisé, sur un seul site, à savoir Twitter.com, accessible par différents biais (site web, client dedié sur ordinateur ou smartphone[1]) grâce à une API bien documentée.
C'est ce qui fait que vous pouvez accéder à Twitter grâce à pleins de clients tiers comme Seesmic ou autre.

Identi.ca est un site utilisant Status.net, une plateforme de microblog libre et interopérable, c'est à dire que n'importe qui peut installer Status.net sur son site (mettons status.scoffoni.net, status.mondomaine.fr ou twitarmy.com) et tous ces sites forment un seul grand réseau.
Enfin, ils peuvent former un grand réseau (c'est ce qu'on appelle la fédération), tout comme les différents serveurs email (gmail.com, hotmail.com, free.fr, thisisabore.net) forment un grand réseau de mail interopérable, faisant qu’un utilisateur de gmail peut envoyer un message à un utilisateur de free.fr sans se soucier de savoir à quel « réseau email » il appartient.

Je dis « ils peuvent » en parlant des sites Status.net, car ce n'est pas une obligation. Un site peut ne pas se fédérer au réseau général (être une île non reliée au reste du monde) voire être complètement privé et secret.
C’est intéressant dans un cadre complètement familial, mettons, ou surtout pour de la communication interne en entreprise, pour adresser des messages à tous les employés ou mettre en place un système d'entraide transparent.[2]

Bref, Twitter est donc un site unique où les utilisateurs du réseau (et donc sa valeur) sont contenus dans ce seul site, et Identi.ca (en utilisant le logiciel Status.net) est un site d'un réseau fournissant le même service de base que Twitter mais de façon distribuée, ne concentrant de ce fait pas la valeur dans un seul site mais sur plusieurs.

Pour comprendre l'intérêt de ces deux approches, une bonne analogie est d'envisager Status.net comme l'email et Twitter comme la messagerie Facebook.
Les deux fournissent un service similaire : messages courts et publics ayant surtout de la valeur dans l'instant pour l'un, et message de taille variable « privé » pour l'autre.[3]

Là où l'email vous permet d'envoyer un message à n’importe qui sans se soucier de son fournisseur de service (@gmail.com, @perdu.com), facebook ne vous permet d'envoyer un message qu’à quelqu’un sur facebook (de truc@facebook.com à machin@facebook.com si on veut, même si concrètement les adresses mail @facebook.com n’existent que pour les employés ils me semble).
De même, Twitter ne permet d'envoyer un message (privé ou public) qu’aux utilisateurs Twitter, alors qu’Identi.ca permet d'en envoyer à n’importe quel site Status.net (comme pour le mail donc).
Vous me direz, « Quel intérêt, tout le monde est déjà sur Twitter, en tout cas tous ceux que je suis… ». C’est juste, c'est d’ailleurs le même effet qui explique que tant de monde s'envoie des messages Facebook en lieu et place d’emails de nos jours.

Et mes données ?

Mais ça laisse une autre question : le jour où mon réseau centralisé n’est plus à la mode (ou devenu inintéressant, ou qu'il pille mes données privées, ou dangereux, ou qu'il ferme), que fais-je ? Puis-je emmener ma correspondance avec moi sur un nouveau réseau ? Ou la rapatrier chez moi, sur mon disque dur externe ? Ou bien suis-je bloqué sur mon vieux réseau, malgré moi ?
Il est à l'heure actuelle possible de transférer ses mails à gauche à droite, mais l'équivalent est impossible pour les messages Facebook (qui sont de toute façon ineffaçables car uniquement effaçables par Facebook lui-même, pas par les utilisateurs).
Je crois Twitter plus malin que Facebook sur ce point, et il est donc possible qu’à terme il soit possible de migrer de Twitter avec toutes ses données, ou mieux, que Twitter s’ouvre à d’autres microblog, comme Status.net.
Néanmoins, la question des données reste à se poser lorsqu’on utilise un service dont on n’a pas la maîtrise, chose possible avec Status.net que vous pouvez installer chez vous (ou chez un Ami-qui-s’y-connait™).

Cette question de l'accès, de la valeur, de l'utilisation et de la pérennité des données, nous sommes nombreux à ne pas nous la poser (à ne pas vouloir nous la poser ?).
Certains par contre se la posent tout à fait, comme les entreprises que j’ai pu citer plus tôt et qui ne veulent pas mettre des données internes sur un site qui ne leur appartient pas (après tout, il serait possible de faire un réseau Twitter interne à une entreprise en n’utilisant que des comptes privés abonnés entre eux).

Ou d'autres, comme le compte ShitMyDadSays, un des comptes Twitter les plus populaires qui a migré de twitter.com/shitmydadsays à http://www.shitmydadsays.com afin d’être en contrôle de ses données et de son image.
L’indépendance, dans ce cas, lui a permis de se créer une marque, et d’ajouter de la valeur à sa propre marque (Shit My Dad Says) et non à une autre (Twitter donc). Il profite ainsi également de toutes les statistiques qu'offre le fait d'avoir son propre nom de domaine, raison pour laquelle tant de blogs populaires finissent par migrer d'un machin.blogspot.com à machin.com.

Admettons, mais ça change quoi pour moi ?

Bon, arrivé là, je vous sens théoriquement sympathisant mais concrètement pas convaincu (''Oui oui c’est très bien tout ça, mais l'agence de sosies qui était là à déménagé, alors il faut partir. On fabrique des agrafeuses nous ici maintenant, alors on va pas perdre notre temps…'').
Oui, mais laissez-moi vous convaincre.

  • Déjà, les gens sont plus intéressants sur Identi.ca (le plus gros site Status.net à l’heure actuelle).
    Oui, je sais, c'est hautement personnel comme avis, mais quand même. Disons qu'Identi.ca concentrant beaucoup de geeks du libre et de l'open source (mais pas que) je trouve ça plus intéressant. En tout cas, la pollution du type « machin à mangé un sandwich » est en proportion bien plus faible (mais si si vous suivez des gens un minimum intéressants, cette pollution ne doit pas trop vous toucher sur Twitter non plus normalement).
  • En parlant de pollution, on trouve aussi du spam (peu certes) sur Identi.ca, preuve de sa bonne santé du réseau (Les spammeurs ne s'emmerdent pas à spammer sur des sites impopulaires).
  • Autre exemple d'intelligence, le symbole ♺ (recyclage) a été globalement adopté en lieu et place du RT (ReTwit) ou du RD (ReDent, pour iDenti.ca), c'est toujours un caractère de gagné. Prends-ça dans tes dents Twitter.
  • De plus, Identi.ca ne plante pas. Il n’y a pas de Fail Whale nous informant que « Twitter is over capacity ».
    Certes, Twitter est largement plus populaire et fréquenté, mais c'est possible également que Status.net soit simplement mieux foutu (ou pas d'ailleurs, je n’ai pas comparé le code et j’en serai bien incapable). Twitter est néanmoins malheureusement connu pour avoir eu des problèmes de charge et des Fail Whale à répétition.
    Ou, et c'est là que c'est réellement intéressant à plus long terme, il est aussi possible qu’il soit simplement logique et inévitable de devoir partager le poids des communications en microblog sur plusieurs sites, et non un seul comme c'est presque le cas à l’heure actuelle avec Twitter, de la même façon qu’un seul site ne gère pas les emails du monde entier. Et où l’on en revient à l'intérêt de la fédération.
  • Identi.ca a lancé des sites Status.net permettant de ne plus se limiter à 140 signes, limite historique fixée par Twitter à cause de l'accès par SMS, qui plafonne à 160 caractères par SMS.
    On trouve donc ainsi 280.status.net, 300.status.net, 420.status.net, etc., limités respectivement à 280, 300, 420 caractères[4] L'intérêt est que l'on peut évidemment du coup fixer la limite de son site Status.net à ce qu'on veut.
    Certains comme Woofer ont poussé le concept un peu loin (hé, c’est du logiciel libre, on est libre de déconner) et on mis la limite à 1400 signes. Minimum.
  • Identi.ca, dans sa volonté d’ouverture et toussa toussa, est aussi un client Twitter. Gné ?
    Concrètement, vous pouvez demander à Identi.ca (Status.net en général) de poster sur Twitter ce que vous postez sur Identi.ca. Il pour ça suffit de rentrer votre nom d'utilisateur et mot de passe, comme vous le feriez sur Seesmic ou Gwibber. L’inverse ne marche pas, Twitter ne concevant pas (encore ?) l’idée de s’inscrire dans un réseau fédéré de microblog, car Twitter est le microblog. J’exagère, mais pas assez.
    C’est bien dommage d'ailleurs, car recevoir ses réponses ou ses RT Twitter sur Status.net serait bien pratique, mais bon…
  • Autre chose, on peut accéder à Status.net dans les deux sens (autant pour poster que pour recevoir les mises à jour des autres) par XMPP, la messagerie instantanée des forces du bien (en tout cas, lire la page Wikipedia sur XMPP donne envie de baser sa vie dessus).[5]
    La même chose était possible à une époque avec Twitter mais ils ont abandonné cette fonctionnalité il me semble, étant trop pesante en terme de ressources.
  • On peut également poster sur Identi.ca/Status.net par email. Simple, mais potentiellement utile pour certaines personnes.
  • Identi.ca/Status.net gère l'OpenID. Késaco ?
    OpenID c'est un service qui permet de s'identifier de la même façon sur pleins de sites différents, sans avoir à créer un compte sur chacun de ces sites. Un peu comme Facebook Connect, mais sans but de domination du monde.
    Donc si vous avez un compte Yahoo, Orange (si si), Google, Blogger, Wordpress.com ou MySpace par exemple, vous avez « déjà » un compte Status.net. Cool, non ?
    Évidemment, comme c'est Open toussa, vous pouvez toujours faire votre propre OpenID sur votre propre serveur, si vous le voulez aussi.
  • Identi.ca/Status.net accepte les photos directement, sans besoin de les héberger sur un site tiers comme TwitPic. Ça semble tellement évident en fait, on ne va pas sur imgbay.com pour uploader ses photos quand on envoie un mail. Pourquoi devrait-il en être différent avec le µblog ?
  • Identi.ca/Status.net gère les groupes.
    Là où Twitter propose de créer un terme reconnaissable en ajouter un # devant (un hashtag), permettant ensuite une recherche sur ce terme pour suivre son actualité (mettons #feedbooks pour suivre les messages parlant du site de livre électronique), Identi.ca propose en plus les groupes, préfixés d'un point d'exclamation.
    Les personnes ayant un intérêt commun peuvent alors s'abonner à un groupe (!linux, !food, !android, !amicaleducurlinglyonnais, etc.) et recevoir les messages contenant le !nom-du-groupe directement. Les messages sont envoyés au groupe, ou bien on peut considérer qu'on s'abonne à un groupe comme on s'abonnerait à un utilisateur.
    L'intérêt immédiat est qu'il est possible de toucher un grand nombre de personne, partageant un intérêt commun, sans avoir besoin d'avoir un nombre incalculable de followers.
    De plus, cela permet de rester informer de l'actualité d'un sujet sans devoir s'abonner à un grand nombre de comptes, dont ceux de marques pour peu que le sujet soit un minimum commercial.
    Évidemment, on peut également s'adresser à plusieurs groupes simultanément, ce qui décuple l'effet. Et un même groupe peut avoir plusieurs alias, pour mieux s'insérer dans le flot de la conversation, type !football et !soccer (même si c'est garanti de déclencher une guerre une assimilation pareille).
    Enfin, les petits malins qui verraient là un moyen de balancer des pubs à tout bout de champs aux utilisateurs des groupes seront déçus d'apprendre que ceux-ci sont modérés, et l'exclusion assez facile à trouver.
  • Enfin, un dernier détail tout bête mais qui vaut son pesant d'or à mon avis, Status.net est capable de contextualiser les discussions correctement.
    Comparez cette conversation à cette interminable succession de cliques sur Twitter (désolé aux concernés, il me fallait un exemple ;)), et concluez.
    Suivre une (grosse) conversation sur Twitter relève du défi ou du masochisme. Status.net à l'inverse rend les discussions, même celles avec de nombreux embranchements, un plaisir à suivre.
    Ne serait-ce que pour ça, Status.net est largement plus utilisable pour toute conversation dépassant 3 échanges et 2 participants.

Bon, on y jette un œil ?

On pourrait probablement trouver d'autres avantages à Status.net, et sûrement un certain nombre d'avantages à Twitter aussi pour être honnête (bien que dans mon expérience jusqu'à présent rien ne m'a marqué), mais je pense vous avoir donné un bon aperçu de l'intérêt de Status.net.

En tout cas j'espère vous avoir donné envie, si ce n'est de basculer de Twitter à Identi.ca, au moins de créer un compte Identi.ca pour voir tout ça par vous-même. Dans tous les cas, il ne peut être que bon de maîtriser votre image en ligne, et donc de récupérer votre pseudo sur i.ca avant que quelqu'un d'autre ne le fasse. ;)

Enfin, un dernier truc. Un intéressant article paru aujourd'hui sur Owni explique que « le nouveau Twitter est un média » à part entière. Et bien justement, si Twitter est un media, Status.net est un réseau.

Nous sommes en 2010, duquel voulez-vous ?

Notes

[1] Nan désolé, ordiphone c'est vraiment trop pour moi pour le moment comme mot.

[2] Lire à ce sujet ce très intéressant article sur ReadWriteWeb.

[3] Et je mets privé entre guillemets pour une bonne raison, mais on en reparlera une prochaine fois si vous le voulez bien.

[4] Oui et à “etc. caractères”, haha.)

[5] Enfin, XMPP c'est la solution employée par Google pour son Gtalk, Facebook pour son chat (oui je sais, comme force du bien on repassera), et même par AOL pour AIM depuis qu'ils ont abandonné leur ancien protocole Oscar, mais c'est aussi connu sous le nom de Jabber, et là aussi il est possible de faire son propre serveur XMPP fédéré avec les autres (sauf Facebook qui la joue perso évidemment), mais on en reparlera dans un prochain article.