Toujours là ?

Bien, alors reprenons ceci plus en détail, ça fera du bien à certains et certaines.

Internet ≠ web

Internet est un réseau décentralisé d'ordinateurs se connectant les uns aux autres sans hiérarchie. Tout le monde peut être serveur (envoyer des données) ou client (en recevoir), sans que son rôle soit gravé dans le marbre. Ces différents ordinateurs (dont certains de nos jours sont des téléphones) peuvent se parler des pleiiiiiin de façons différentes via des langues différentes qu'on appelle des protocoles, et qui toutes leur intérêt [1]

Le web est une partie d'Internet, les pages web, liées entre elles par le langage l'hypertexte rendu possible par le HTML et envoyées d'un ordinateur à un autre grâce un protocole, le http.[2]

Mais le web n'est qu'une partie d'Internet, les mails en sont une autre, la messagerie instantanée aussi, la voix sur IP (VoIP), les chats/salons de discussion IRC, les échange de pair à pair par Emule, BitTorrent etc ou encore les jeux en réseau. en sont encore d'autres partie.

Il s'agirait de ne pas faire l'amalgame entre les deux.

Digital = numérique

La traduction de l'anglais “digital” est le mot français « numérique ».

Oui je sais, ça ne sonne pas aussi bien numérique (« ahhh, didjital, c'est tellement moderne… »), vous êtes un peu déçus, et du coup la FNAC Digitale est concrètement la « FNAC des doigts ».
Ce qui est bien aussi remarque.

Néanmoins, numérique est en fait un bien meilleur terme pour parler du numérique que digital. Le mot « numérique » décrit bien son essence binaire faite de 1 et de 0, de nombres donc.

Si vraiment vous insistez pour utiliser le terme digital sachez que sa traduction anglaise est alors quelque chose comme “finger-related”. On sort du sujet du coup.

Support = assistance

La traduction de l'anglais “support” est le mot français « assistance ».

Oui je sais, tout le monde l'utilise.
Cependant, un support est à la base un élément sur lequel on en pose un autre. Métaphoriquement, ça marche en effet.

Il reste que c'est une translittération et une francisation crasse de l'anglais, et qu'assistance, aide ou même soutien sont plus proche du sens original du mot.
Bref, moins grave que le précédent, mais ne le faites pas quand même.

Mac = PC
 (ou encore: ordinateur ≠ système d'exploitation)

Il fut un temps où les Macs et les PCs[3] étaient réellement des animaux étranges et différents. D'autres animaux étranges et différents existaient aussi : les serveurs[4], les Ataris, les Amiga…

Et puis avec le temps, l'architecture des PCs — leurs composants internes — sont devenus si peu onéreux (économie d'échelle, tout ça) qu'à peu près tout le monde a décidé de ne plus faire que du PC, en particulier pour le grand public et les ordinateurs que vous et moi achetons.
Cette architecture c'est celle des processeurs dits x86 développés à l'origine par Intel. Et cette démarche de passer à des processeurs x86, c'est ce qu'Apple à fait au début des années 2000 en abandonnant son architecture PowerPC[5] et la version de son système d'exploitation qu'elle utilisait jusque là pour passer à OS X (« oh esse disse », hein).

À partir de ce moment là, les Macs sont devenus des PC, assemblés par Apple. Oui, comme beaucoup de constructeurs informatiques, Apple ne fabrique pas son matériel, elle en conçoit une partie (l'organisation interne, la partie visible extérieure avec ses magnifiques finitions qui donnent immédiatement le sentiment d'acheter un bel objet – ce que sont les Macs d'ailleurs –), mais achète le reste des composants[6], ce qui explique que certains Macs soient quasi identiques à des Dell en terme de composants.

Vous me direz « Mais les Mac ont leur propre système d'exploitation, ce ne sont donc pas des PC ! ».
Oui, et ?
Je vous vois d'ici venir avec vos gros sabots « PC = Windows ». Dois-je vous rappeler que les Macs peuvent tourner (même exclusivement si l'on veut) sous Windows ? Un mac devient-il un PC quand il est sous Windows et redevient un Mac quand il repasse sous OS X ?

Et considérant que Dell, System 76 et d'autres constructeurs vendent des ordinateurs avec Ubuntu comme système d'exploitation, ces ordinateurs ne sont-ils du coup plus des PCs ? Deviennent-ils à ce moment-la des Inspiron ou des Lemur ?

Non, un PC est un ordinateur personnel utilisant un processeur x86 aux dernières nouvelles.
Un élément supplémentaire est parfois utilisé pour expliquer en quoi Mac et PC seraient des animaux différents, la procédure de démarrage. Les PC utilisent le bon vieux [BIOS, tout pourri qu'il est depuis les années 70, alors que les Macs utilisent l'EFI.
Seulement, certains PCs[7] utilisent aussi l'EFI à la place du Bios. Et font même tourner Windows si on veut.

Bref, ni le critère de l'OS ni celui du BIOS/EFI ne permettent de mettre les Mac dans une catégorie autre que celle de « PC conçus par Apple ». C'est donc le nom d'une gamme, et non d'un type d'ordinateurs à part comme ça a pu l'être auparavant.

Certes, les Macs proposent quelque chose de différent que le PC sous Windows de base, et loin de moi l'idée de nier une certaine expérience utilisateur.

Mais accorder un statut complètement à part à Apple par rapport aux autres constructeurs sans réelle raison valable est abusif et fatigant.

Apple n'est pas forcément l'innovateur nº 1 mondial

On rentre dans un avis plus personnel, mais vu le traitement journalistique d'Apple en général, je pense qu'on peut se le permettre.

Apple crée des événements plus qu'autre chose, événements auxquels les journalistes donnent leur importance en essayant de montrer qu'ils en ont compris l'importance.
On est dans le domaine de la prophétie auto-réalisatrice.

Apple crée des événements plus que des objets, et les objets en eux-mêmes sont une façon de montrer pour qui les possède qu'il ou elle a compris l'importance de l'événement.

L'iPad en est l'exemple le plus flagrant. À sa sortie, les passions se sont déchaînées, en particuliers celles journalistiques rêvant de trouver un sauveur à leur perte annoncée à tort et à travers.
Cependant, presque personne — y compris les nombreuses entreprises s'étant jetée dans la promesse étrange des « applications iPad » — n'était en mesure de dire en quoi le grand public aller se reconnaître dans cet objet hors de prix à l'utilité limitée. Mais qu'importe, puisque nous étions en présence d'une révolution. À l'Histoire de nous dire ensuite son intérêt.

Apple annonce donc hier des nouveautés, dont la nouvelle version de son système d'exploitation OS X.
Grande nouveauté, suite au succès des marchés d'application de l'iPhone et de l'iPad, Apple décide (surprise !) de faire la même chose sur OS X[8]. Quelle innovation !

Manque de bol, c'est comme ça que sont distribuées les applications dans une grosse partie des distribution Linux (dont Ubuntu et son grand frère Debian) depuis des années.

Mais cette fois-ci, venant d'Apple, « ça va tout changer ! », évidemment.

Même si seules les applications validées par Apple seront probablement disponibles et qu'une énorme partie sera payante.

En attendant, le très simple d'utilisation Software Center d'Ubuntu est disponible depuis plus d'un an dans un OS destiné au grand public.

On parie sur le nombre de journalistes qui en feront mention quand ils parleront de la nouvelle fonctionnalité révolutionnaire d'OS X ?

Notons aussi que la part de marché d'Apple dans les ordinateurs personnels est assez basse, de l'ordre de 5 à 10% selon qui profite des estimations. Si la part de marché similaire de Linux (de 5 à 10% donc) est toujours comme un problème critique et indépassable, il semble que pour Apple ça ne soit pas le cas.

Une telle part de marché correspond à plusieurs millions de machines tout de même, mais, détail intéressant, OS X ne peut fonctionner que sur cinq modèles d'ordinateurs différents en tout et pour tout[9].
C'est un des OS les moins compatibles au monde et ce, entre autre, pour une raison légale (et stratégique) : la licence utilisateur final d'OS X (son contrat d'utilisation) en interdit l'installation sur un ordinateur non-Apple[10].
OS X a donc une part de marché faible mais également un nombre de modèles compatibles particulièrement faible.

C'est un avantage d'une part, et un inconvénient de l'autre.
Avantage car cela permet à Apple de ne pas avoir à assurer de compatibilité avec un grand nombre de modèles et donc de développer son OS en lien direct avec le matériel, permettant une expérience utilisateur contrôlée (le mot est important) et stable (et vu le nombre incroyablement faible de machines compatibles à tester, on peut se demander pourquoi OS X plante comparativement « autant »).
Inconvénient car Apple contrôlant toute la chaîne et n'acceptant aucune compétition dans son jardin fermé, les prix sont en conséquence et le consommateur paye parfois 2 à 3 fois le prix d'une machine similaire vendue par un constructeur autre qu'Apple et que le consommateur n'a pas le choix du matériel avec lequel utiliser OS X.

Virus informatique ≠ virus Windows

9 fois sur 10, lorsque vous écrivez « virus informatique », vous ne voulez pas parler de virus informatique.

Vous ne voulez pas parler d'un virus qui touche tous les systèmes informatiques, vous voulez parler d'un virus qui touche le système informatique le plus répandu chez le grand public. Vous voyez déjà la nuance là ?
Vous voulez parler d'un virus Windows.

Oui, c'est pas de bol que l'OS le plus répandu soit aussi loin d'être le mieux foutu, la combinaison de ces deux critères en fait le candidat idéal pour les méchants en tout genre[11].

C'est l'heure d'une petite analogie automobile. Si une voiture de la marque X a un problème de pare brise et que dès la sortie du magasin il faut acheter un « renforce pare brise » pour combler ces déficiences, il serait ridicule et faux de prétendre que les voitures nécessitent un renforce par brise. Non, ce modèle de voiture est mal fait et nécessite une rustine dès sa sortie du magasin. Plus logique encore, vu la faible qualité du produit, il serait sensé d'en déconseiller l'achat et de privilégier à la place celui -'une voiture avec un par brise (et le reste aussi de préférence) fonctionnel. En substance : si Windows cassé, plutôt que de payer pour le réparer, utiliser quelque chose qui n'est pas cassé de base. Évidemment, aucun système n'est parfait. Mais il y a des degrés d'imperfection, et Windows pousse la barre assez loin vers le bas pour ce qui est de la sécurité. Ou alors demande un nombre tel de rustines que l'utilisateur lambda aura bien du mal à les installer et les tenir à jour.

De ce fait, quand vous parlez d'un virus — affectant uniquement Windows — et que vous en parlez comme si c'était un mal inévitable et universel, vous oubliez l'élément fondamental : le problème vient de la conception de Windows avant tout autre chose. Et la meilleure solution n'est pas « toujours plus de protection avec le dernier Pipolito 2010 » mais de ne pas utiliser un mauvais système.

Pour finir

Il y aurait sûrement d'autre choses à dire, d'autres contre-vérités trop souvent lues à essayer de reprendre.
Ce sont celles qui me viennent à l'esprit pour le moment, les plus fréquentes, les plus énervantes. Peut-être celles qui me paraissent aussi avoir plus de conséquences que les autres.

Pas d'accord ? Une correction à apporter ? C'est moi qui n'ait rien compris ?

Les commentaires vous sont grand ouvert.

Notes

[1] Enfin c'est que tous les protocoles prétendent, même si l'histoire ne donne pas raison à tous.

[2] Et son frère le https, version chiffrée et normalement sécurisée du http.

[3] Ou pour être précis Compatible-PC, les PC d'origine étant les ordinateurs personnels fabriqués IBM uniquement, voir ce point sur Wikipedia.

[4] Je pense aux architectures MIPS ou SPARC par exemple

[5] Oui, le nom était amusant pour des Macs-qui-ne-sont-pas-des-PC.

[6] Dans certains cas Apple fait également fabriquer des composants selon ses spécifications, comme pour les iPods et autres.

[7] Des PCs autres que ceux vendus par Apple hein, vous suivez n'est-ce pas ?

[8] Certains pensent même que d'ici peu il sera impossible d'installer un logiciel sur OS X qui n'est pas sur l'App Store. Ceci donnerait ainsi pouvoir de censure sur votre ordinateur — en plus de votre téléphone — à Apple, chose jamais vue auparavant.%%%Un ordinateur « personnel » donc.

[9] Pour le particulier. Il s'agit des MacBook, MacBook Air, Mac, Mac Pro et Mac Mini. Je laisse OS X Server à part, car il n'a pas le même but et ne tourne pas sur des machines destinées au grand public. Cela étant, il n'est pas installable sur des serveurs non Apple que je sache.

[10] Sur un ordinateur non vendu par Apple, qui ne vend que ses propres ordinateurs évidemment.

[11] Sur ce sujet, une interview avec un ex-auteur de saloperies pour Windows est fascinante.