Ces jours-ci sort Faut-il Manger les Animaux de l'auteur
Jonathan Safran Sfoer[1][2], un livre qui comme Bidoche, sorti
il y a un peu plus d'un an, aura l'effet salutaire de remettre la question de
la place des animaux (et plus particulièrement celle de leur consommation) dans
le débat public en tant que réelle question de société.
Ça c'est le bon côté.
Le mauvais côté, c'est l'avalanche prévisible de réactions au livre qui vont
donner peu ou prou ceci : « Oh quand même, abandonner complètement la
viande… Je veux bien en manger moins, c'est vrai que c'est pas génial d'en
manger trop, mais arrêter complètement, c'est trop difficile. ».
Ou le plus simple « C'est vrai que c'est pas super, mais c'est si bon
! ».
Je suis le premier à admettre que ce que nous mangeons est une part forte de
notre identité (assez paradoxalement d'ailleurs, considérant que dans notre
vaste majorité nous n'avons justement pas choisi ce que nous mangeons ni notre
culture culinaire qui sont issus des choix et habitudes de nos parents) et que
toucher à ce que nous mangeons c'est toucher à des définitions de notre
personne qui remontent à l'enfance, là où notre identité se crée.
Je suis tout à fait d'accord que la pression sociale ne joue pas dans le bon
sens en France, où « ne pas manger d'animaux » est une position vue
comme rare et très minoritaire.[3]
J'ai pratiqué.
J'accepte qu'il n'est pas aisé de changer ses habitudes, qui plus est
alimentaires, et que c'est d'autant plus le cas lorsqu'on n'a pas eu la chance
d'avoir une réelle éducation culinaire et que l'on ne sait pas vraiment se
faire à manger.
Je veux même bien admettre que nous sommes des créatures rassurées par le
confort de la répétition et de l'habitude, et que du coup, ne pas manger de
viande oulalah c'est quand même difficile.[4]
Mais imaginez un seul instant qu'on utilise la même excuse dans d'autres
cas.
« Oh, je sais que je devrais moins manger pour perdre du poids et
arrêter d'être obèse, mais c'est trop difficile de résister ! »
Quolibets de l'assemblée.
Ou pire (histoire de bien provoquer tout le monde et faire hurler ce qui ne
comprennent pas qu'un argument, s'il est mauvais, peut permettre de justifier
des choses atroces), avec la pédophilie[5]. Envisageons un
instant un « C'est vrai que ça fait souffrir, mais c'est si bon ! »
de la bouche d'un détraqué.
Les gens crieraient au scandale, voire à l'oblitération violente pure et
simple des personnes se justifiant ainsi dans le cas de nos concitoyens en
faveur de méthodes judiciaires d'un autre temps.
Et ils auraient raison. (Pas pour la mise à mort hein…)
Ce qui m'écœure, c'est lorsqu'on est dans le domaine des autres animaux par
contre, le même argument est toléré, voire joyeusement accepté. (Et souvent
enchaînés d'autres
Mauvaises Raisons ©)
Il y a quelque chose de salement lâche à ne pas avoir le courage, même pas
de ses convictions, non… juste de ses conclusions intellectuelles.
C'est ne pas être capable d'assumer la conclusion de sa réflexion sur une chose
aussi simple que « ne pas manger quelques trucs » au prétexte qu'elle
incommode nos habitudes et notre plaisir gustatif.
Et ça, pas mal de gens vont s'en rendre coupable ces prochains jours, je le
sens bien.